Les critiques de la raison au XXe siècle

Journées d’étude du 25 et 26 octobre 2012

 Université Paris-Est Créteil,Département de Philosophie, EA « Lettres, idées, savoirs »

 Bâtiment LSH, salle i1-233 (ancienne salle 222)

 

Jeudi 25 octobre 2012

9h15 – Accueil des participants

9h30 – Introduction aux Journées d’étude

Matinée – présidence : Monique Castillo (Université Paris-Est Créteil)

10h00 – Christophe Perrin (Université catholique de Louvain) : Le triomphe du rationalisme

10h30 – Mikaël Sebban (Université de Nice Sophia-Antipolis) : Heidegger, lecteur et critique de Kant : la lecture métaphysique de la Critique de la raison pure

11h00 – Discussion

11h20 – Pause

11h30 – Adrien Barbaresi (ENS Lyon) : La Raison aveugle ? L’époque cybernétique et ses dispositifs

12h00 – Coralie Camilli (Université Paris-Est Créteil) : Les critiques messianiques de la raison historique au XXe siècle

12h30 – Discussion

13h00 – Déjeuner

Après-midi – présidence : Mikaël Cozic (Université Paris-Est Créteil)

14h30 – Martina Tazzioli (Goldsmiths College, Londres) : Politiques de (non)vérités, bonnes histoires, conduites d’écart. Le gouvernement des hommes « aux limites de l’histoire du monde »

15h00 – Magali Brailly (Université Paris-Est Créteil) : Le libéralisme de Hayek à l’épreuve de la philosophie critique

15h30 – Discussion

15h50 – Pause

16h00 – Aude Lambert (Aix-Marseille Université) : Rationalité et rationalités en microéconomie, critique simonienne et modèle adaptatif

16h30 – Yaël Patrick Dosquet (EHESS) : La Gouvernementalité de la Nouvelle Economie Classique

17h00 – Discussion

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Vendredi 26 octobre 2012

9h45 – Accueil des participants

Matinée – présidence : Ali Benmakhlouf (Université Paris-Est Créteil)

10h00 – Emanuele Clarizio (Università degli Studi di Bari) : Bergson et Canguilhem: l’échec du rationalisme face au fait vital

10h30 – Elise Lamy-Rested (Université Paris-Sorbonne) : Une décision sans représentation : la philosophie pratique de Jacques Derrida

11h00 – Discussion

11h20 – Pause

11h30 – Rémi ZanniDe Kant à Arendt, une incarnation du progrès politique comme critiques de la raison

12h00 – Jérémy Romero (Université Paris-Est Créteil) : Le sapere aude de Michel Foucault

12h30 – Discussion

13h00 – Déjeuner

Après-midi – présidence : Frédéric Gros (Université Paris-Est Créteil)

14h30 – Christopher Lapierre (Université de Bourgogne) : L’enfant, l’halluciné, le primitif : figures de la raison altérée chez Merleau-Ponty

15h00 – Arianna Sforzini (UPEC/Università degli Studi di Padova) : L’épaisseur de l’invisible : Merleau-Ponty et Foucault sur la peinture

15h30 – Discussion

15h50 – Pause

16h00 – Elisa Sclaunick (Université Paris Diderot) : Jacques Dupin critique d’art. Quand, des ruines du discours et du concept, surgit une écriture de l’expérimentation

16h30 – Maëlle Le Ligné (Université Toulouse II-Le Mirail) : La méthode « méta » : Franz Rosenzweig critique de la raison

17h00 – Discussion et remarques conclusives

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Comité d’organisation :

Magali Brailly, Aurélien Diéterlé, Daniele Lorenzini,

Camilla Pagani, Ariane Revel, Jérémy Romero, Arianna Sforzini.

Contact : journeescreteil@gmail.com

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On connait le mot fameux – et souvent mal compris – de Heidegger : « la pensée ne commence que lorsque nous avons éprouvé que la Raison, tant magnifiée depuis des siècles, est l’adversaire la plus opiniâtre de la pensée ».

C’est à l’aune de cette sentence que nous avons décidé de consacrer deux journées de réflexion aux critiques de la raison au XXème siècle – et jusqu’aujourd’hui. Mais de quelle raison s’agit-il au juste ? Et de quelle nature sera, ou seront, la ou les critiques ?

On sait que Kant a critiqué au XVIIIème siècle la raison métaphysique ou spéculative qui avait pour prétention de connaître la totalité du réel à travers ces trois grandes idées que sont Dieu, l’âme et le monde dans des philosophies telles que celles de Descartes, Leibniz ou Spinoza, pour lesquelles ce qui est est rationnel, de part en part. De l’idée à l’être la conséquence était bonne, mais le projet de Kant était d’instituer un tribunal de la raison où la raison et ses prétentions à connaître l’absolu seraient jugées par la raison elle-même. La Critique de la Raison Pure était selon le mot de Kant le lieu même de ce tribunal. C’est donc à partir d’elle-même que la raison opérait une critique sur ses prétentions au savoir. Au siècle suivant, le Système de Hegel avait pour objectif de mener à son terme le projet inachevé de Kant en réaffirmant que tout ce qui est effectif est rationnel : la Raison spéculative, grâce au Concept, parvenait à démontrer que c’est seulement une version appauvrie d’elle-même – la pensée d’entendement – qui devait être critiquée, mais pas son projet de totalisation rationnelle du réel.

De manière sommaire, l’on pourrait dire que la donne change ou évolue au XXème siècle, car à côté des courants néo-kantiens (l’école de Marbourg, celle de Heidelberg, ou les traditions anglophones avec, notamment, Putnam, Rawls et Dworkin) qui sont nés de la décomposition du système hégélien et avancent sous le mot d’ordre « Zurück zu Kant ! » (« Retour à Kant ! »), une multitude de pensées nouvelles ont vu le jour en critiquant la raison non plus à partir d’elle-même, mais à partir de son autre, de ce qu’elle a toujours nié en le réduisant à son discours.

C’est donc aussi à partir de ce dehors de la raison qu’il faut explorer les critiques de la raison au XXème siècle, que celles-ci soient nourries de la phénoménologie heideggérienne, dénonçant dans tout système rationnel le règne de la métaphysique de la subjectivité pour laquelle le réel sensible n’est qu’un « pas encore connu », de ce que l’on a pu nommer la French Theory qui approche la différence en déconstruisant le discours de la raison, ou d’autres perspectives mettant à l’épreuve le règne de la raison sur la pensée.

Par delà ce clivage un peu facile entre critique rationaliste et anti-rationaliste de la raison – Être et Temps dans sa forme argumentative n’a en effet rien à envier à la Critique de la Raison Pure ! –, on peut se poser la question de la manière dont les critiques de la raison opèrent. En effet, on a affaire dans ces pensées critiques tant à des mises en question frontales de la raison au nom de son autre – notamment dans la lignée d’une pensée héritière de Bataille et de Blanchot – qu’à des analyses substituant à la Raison comme instance unifiée une multitude de rationalités entrecroisées, de « jeux de raisons » indissociablement pratiques et intellectuelles, dont seule la restitution fine permet de comprendre le monde humain. Ici, la façon dont la philosophie a pu et peut encore croiser les méthodes des sciences humaines (du structuralisme au retour au « micro » et à l’analyse des dynamiques individuelles et collectives) peut notamment, nous intéresser, dans la mesure où elle révèle des choix de « perspectives rationnelles ».

Nous aimerions repartir du programme kantien, qui a pour mérite d’exhiber à la fois les différents usages de la raison et d’en révéler la nature unitaire, pour proposer trois axes problématiques. De là :

I. Les critiques de la raison théorique : pourquoi a-t-il fallu penser autrement que la raison au XXème siècle (notamment Heidegger et ses disciples phénoménologues, mais aussi les différentes critiques de la raison connaissante, de Bergson à Rancière) et pourquoi a-t-il été nécessaire de repenser le travail kantien ? Pensons également au linguistic turn qui a irrigué le travail sur la raison communicationnelle chez Habermas ou les réflexions sur la sémiotique de K.O. Apel.

II. Les critiques de la raison pratique

Quelles sont les pratiques de raison qui ont été critiquées au XXème siècle, et pourquoi ? On peut songer au travail de Foucault sur les gestes d’enfermement et de partage, aux analyses de Derrida sur le 11 septembre et l’invention du hors-la-loi par une raison juridique dévoyée ou à la théorie de la justice de Rawls avec la distinction rationnel/raisonnable et ses critiques. Des réflexions sur la pragmatique ou l’agir communicationnel auraient aussi toute leur place ici, ainsi que des interrogations sur les apports de la théorie critique de Adorno et Horkheimer, sur des courants néo-marxiens ou psychanalytiques (freudo-marxisme de Marcuse ou de Reich, entre autres) aux critiques de la raison, ou encore sur la forme si particulière de la philosophie morale d’un philosophe comme Levinas. Mais c’est plus largement à l’ensemble des réflexions critiques de la rationalité politique ou morale majoritaire et de ses logiques internes qu’on s’intéressera.

III. Des critiques du jugement qui initieraient à travers des problématiques esthétiques ou biologiques des réflexions sur le lien indissociable entre théorie et pratique dans toute vie concrète. Songeons par exemple à l’importance de l’art dans les courants phénoménologiques (la poésie chez Heidegger, la peinture chez Merleau-Ponty), mais aussi au langage incarné et expressif (Phénoménologie de la Perception) et aux nouvelles façons de penser nos rapports à la vie et à l’environnement (Hans Jonas et le Principe de responsabilité pour ne citer que lui).

Organisées par les doctorants en philosophie de l’Université Paris-Est Créteil, ces journées s’inscrivent dans des questionnements philosophiques sur des thèmes au croisement de plusieurs disciplines.

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Une réflexion au sujet de « Les critiques de la raison au XXe siècle »

  1. Vous oubliez un des philosophes majeurs du vingtième siècle, à savoir Castoriadis, qui a fait la critique de toute la philosophie avant lui (de Platon à Heidegger, en passant par Kant, Hegel, Marx et Freud), et qui a créé une ontologie vraiment autre, avec ses notions d’ensidique et de magmatique. On trouve chez lui une critique de la raison sous la forme d’une critique de l’une des deux significations imaginaires sociales centrales de l’Occident, à savoir l’imaginaire de la maitrise illimitée, l’autre signification imaginaire sociale centrale de l’Occident étant celle de l’autonomie (que la société se donne à elle-même, lucidement, ses propres lois ). La signification de l’autonomie a été créée en dans les cités grecques antiques, sous forme réduite, est réapparue en Europe dans les villes franches, au treizième siècle, s’est développé dans les révolutions et les mouvements ouvriers, mais ne s’est pas complètement réalisée (Castoriadis considérait que nos régimes n’étaient pas entièrement démocratiques, mais seulement partiellement, et les qualifiaient plutôt d’oligarchiques). Je retiens une formule de son oeuvre immense (et non entièrement éditée): l’ensidique (théorie des ensembles et logique identitaire) est partout dense dans l’être, mais non identique à l’être, et ce qui n’est pas ensidique est dénommé magmatique (la state psyché, la strate de l’être dénommée: le social-historique, la strate de la subjectivité réflexive). La notion de strate apparait car Castoriadis a formé une ontologie de l’être non unitaire, non régie par le déterminisme et la determinité; l’être est stratifé en modes d’être (les catégories ne s’appliquent pas uniformément à toutes les strates).

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